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samedi 19 juin 2010
Oh!
C'est marrant, hein? Deux semaines après que j'aie écrit cet article sur la condition féminine au Cambodge et la prostitution, France 24 fait la une des vidéos stars sur dailymotion avec un sujet sur le tourisme sexuel en Thaïlande et au Cambodge. J'suis grave a la pointe de l'actu, les gens.
lundi 14 juin 2010
Niam baï.
Ce qui est marrant quand on est enfant d'émigré cambodgien, c'est que la première chose qu'on vous apprend à dire en khmer est « niam baï », ce qui veut dire « manger ». Et la première chose que vous apprenez à dire quand vous allez au Cambodge plus tard, c'est « ot kliene té », ce qui veut dire « je n'ai pas faim », parce qu'on vous donne tellement de bouffe que vous n'en pouvez plus. Pour les khmers, la nourriture c'est aussi important que de respirer. Même plus important, on peut retenir sa respiration quand on mange, et c'est peut être pas super pratique mais au moins ça prouve une chose: la bouffe, pour les cambodgiens, c'est la vie. Les khmers mangent tout le temps, le matin au petit dej', entre les repas, le midi, au goûter, le soir, tout le temps.
Mais il y a une distinction entre la manière de manger à la cambodgienne et celle à la française. Déjà, contre toute attente, les khmers ne mangent pas avec des baguettes en général. Ils mangent avec une fourchette et une cuillère. Pourquoi? Parce que les khmers n'ont pas été sinisés. Ensuite, quand un cambodgien apprécie le repas qu'il est en train de manger, il le mange lentement, pour mieux l'apprécier, c'est un signe de politesse envers son hôte. Si il mange un repas rapidement, ça veut dire que c'est très mauvais et qu'il veut en finir au plus vite. Chez les français, c'est exactement le contraire.
Je me souviens donc d'un jour où nous étions chez de la famille en Bretagne, enfin de la famille, un très bon ami à mon père quoi, et nous sommes restés quelques jours chez eux. M'enfin pas longtemps. Ceci pour deux choses: premièrement, mon père déteste profiter de l'hospitalité des gens, et deuxièmement, autant lui que mon frère détestent dormir à l'extérieur puisqu'ils sont insomniaques et qu'au bout de trois heures alors que personne n'est réveillé, eux se retournent déjà dans leurs lits respectifs se demandant quand le soleil va se lever et s'ils peuvent se permettre d'aller dans le salon pour regarder la télé. En plus mes parents sont des maniaques de la propreté, et en Bretagne ils sont plutôt bordéliques. Mais passons.
Ce jour là, nous avons eu droit à un bon repas breton dans les règles de l'art avec un agneau des prés salés, c'tait trop bon sa race d'ailleurs, et puis en dessert, du riz au lait. Moi et mon frère, on a été pendant très longtemps intolérants au lactose ce qui fait que nous étions très peu habitués aux desserts qui n'étaient pas préparés à base de lait de soja ou de coco, mais ça passait assez bien, surtout pour une première fois.
Par contre, papa...
Alors attention. Si je dois admettre une chose, c'est que papa sait tout manger. Tout. Il peut tout avaler sans broncher une seule seconde et sans que rien n'y paraisse un seul instant. C'est son air stoïque qui fait tout le travail, il est super doué pour ça. Il sait tout manger, mais ça ne veut pas dire qu'il apprécie tout. Et il y a deux choses qu'il déteste particulièrement: la frangipane, il dit que ça sent la pâte de scarabée (?), et... Le riz au lait. Me demandez pas pourquoi, (mode préjugé /on) c'est du riz, donc comme tous les asiatiques il devrait aimer ça (mode préjugé /off), oui, mais du riz cuit dans du lait de vache. Et déjà que papa n'est pas très « dessert », si en plus il y a du lait de vache, lui qui n'y est plus du tout habitué, vous pouvez être sûr qu'il va détester ça.
Alors avance triomphante ma tante (qui est française et très bonne cuisinière), avec sa casserole de riz au lait fait maison et qui en sert à tout le monde même à mon papa qui regarde longuement son bol avant de prendre sa cuillère. Il ne laisse rien transparaître. C'est un maître dans l'art du déguisement. C'est le master super over giga méga prophète du « ne rien laisser paraître ».
Il regarde encore le bol.
Il prend sa cuillère.
Et là, ni une ni deux, il engouffre son bol en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il a séché le riz au lait comme je ne l'ai jamais vu finir un dessert. Mon père, qui a l'habitude de prendre son temps pour manger parce que « tu sais a l'hôpital on doit toujours langer vite alors à la maison je mange très lentement » a fini son bol de riz au lait en trente secondes top chrono.
Bien évidemment, il avait fini avant tout le monde. Bien évidemment, ma tante l'a remarqué. Bien évidemment, comme elle est française elle s'est dit que c'était tellement bon qu'il a fini son bol super rapidement. Et bien évidemment, elle l'a resservi. Deux fois.
Voilà pourquoi mon père est un héros. Parce qu'il a réussi à manger trois bols d'un truc qu'il déteste sans broncher une seule seconde. Et ça, c'est vraiment trop fort.
Mais plus sérieusement, ce que je voulais dire ici c'est qu'encore une fois, les incompréhensions inter culturelles ont triomphé. Mais un jour, mes frères, la culture métisse triomphera, et l'obscurantisme sera anéanti sous une tonne de riz au lait et de durion
...
Si vous avez compris quelque chose à cet article, laissez un commentaire, je vous en prie.
Mais il y a une distinction entre la manière de manger à la cambodgienne et celle à la française. Déjà, contre toute attente, les khmers ne mangent pas avec des baguettes en général. Ils mangent avec une fourchette et une cuillère. Pourquoi? Parce que les khmers n'ont pas été sinisés. Ensuite, quand un cambodgien apprécie le repas qu'il est en train de manger, il le mange lentement, pour mieux l'apprécier, c'est un signe de politesse envers son hôte. Si il mange un repas rapidement, ça veut dire que c'est très mauvais et qu'il veut en finir au plus vite. Chez les français, c'est exactement le contraire.
Je me souviens donc d'un jour où nous étions chez de la famille en Bretagne, enfin de la famille, un très bon ami à mon père quoi, et nous sommes restés quelques jours chez eux. M'enfin pas longtemps. Ceci pour deux choses: premièrement, mon père déteste profiter de l'hospitalité des gens, et deuxièmement, autant lui que mon frère détestent dormir à l'extérieur puisqu'ils sont insomniaques et qu'au bout de trois heures alors que personne n'est réveillé, eux se retournent déjà dans leurs lits respectifs se demandant quand le soleil va se lever et s'ils peuvent se permettre d'aller dans le salon pour regarder la télé. En plus mes parents sont des maniaques de la propreté, et en Bretagne ils sont plutôt bordéliques. Mais passons.
Ce jour là, nous avons eu droit à un bon repas breton dans les règles de l'art avec un agneau des prés salés, c'tait trop bon sa race d'ailleurs, et puis en dessert, du riz au lait. Moi et mon frère, on a été pendant très longtemps intolérants au lactose ce qui fait que nous étions très peu habitués aux desserts qui n'étaient pas préparés à base de lait de soja ou de coco, mais ça passait assez bien, surtout pour une première fois.
Par contre, papa...
Alors attention. Si je dois admettre une chose, c'est que papa sait tout manger. Tout. Il peut tout avaler sans broncher une seule seconde et sans que rien n'y paraisse un seul instant. C'est son air stoïque qui fait tout le travail, il est super doué pour ça. Il sait tout manger, mais ça ne veut pas dire qu'il apprécie tout. Et il y a deux choses qu'il déteste particulièrement: la frangipane, il dit que ça sent la pâte de scarabée (?), et... Le riz au lait. Me demandez pas pourquoi, (mode préjugé /on) c'est du riz, donc comme tous les asiatiques il devrait aimer ça (mode préjugé /off), oui, mais du riz cuit dans du lait de vache. Et déjà que papa n'est pas très « dessert », si en plus il y a du lait de vache, lui qui n'y est plus du tout habitué, vous pouvez être sûr qu'il va détester ça.
Alors avance triomphante ma tante (qui est française et très bonne cuisinière), avec sa casserole de riz au lait fait maison et qui en sert à tout le monde même à mon papa qui regarde longuement son bol avant de prendre sa cuillère. Il ne laisse rien transparaître. C'est un maître dans l'art du déguisement. C'est le master super over giga méga prophète du « ne rien laisser paraître ».
Il regarde encore le bol.
Il prend sa cuillère.
Et là, ni une ni deux, il engouffre son bol en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il a séché le riz au lait comme je ne l'ai jamais vu finir un dessert. Mon père, qui a l'habitude de prendre son temps pour manger parce que « tu sais a l'hôpital on doit toujours langer vite alors à la maison je mange très lentement » a fini son bol de riz au lait en trente secondes top chrono.
Bien évidemment, il avait fini avant tout le monde. Bien évidemment, ma tante l'a remarqué. Bien évidemment, comme elle est française elle s'est dit que c'était tellement bon qu'il a fini son bol super rapidement. Et bien évidemment, elle l'a resservi. Deux fois.
Voilà pourquoi mon père est un héros. Parce qu'il a réussi à manger trois bols d'un truc qu'il déteste sans broncher une seule seconde. Et ça, c'est vraiment trop fort.
Mais plus sérieusement, ce que je voulais dire ici c'est qu'encore une fois, les incompréhensions inter culturelles ont triomphé. Mais un jour, mes frères, la culture métisse triomphera, et l'obscurantisme sera anéanti sous une tonne de riz au lait et de durion
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Si vous avez compris quelque chose à cet article, laissez un commentaire, je vous en prie.
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