Déjà, matez moi cette vidéo et riez comme des petits nems que vous êtes.
Et ensuite, ho! Actualité! Plein de petits liens en bas des articles pour les partager sur vos réseaux sociaux préférés: facebook, twitter, et plein d'autres que je ne connais pas mais ça va venir. Alors, partagez, et faites en sorte d'être des petits nems, oui, mais des nems connectés.
Nom sôm (ou gâteaux de riz à la banane) à tous!
jeudi 11 novembre 2010
Tu le sens mon gros karma collectif?
Je me sens un petit peu honteuse d'avoir laissé mon blog à l'abandon aussi longtemps alors que des gens me laissaient encore des commentaires sur certains de mes articles, et particulièrement sur « Je m'appelle Tévy », qui a eu l'air d'avoir beaucoup de succès, et j'en suis sincèrement ravie, croyez moi.
Cette petite intro touchante en gnangnan passée, je reviens ici pour vous parler d'un sujet qui m'a particulièrement touchée ces derniers temps. Le sujet du bouddhisme, enfin plus précisément du karma. Pour ça, il faut que je vous explique ce qu'est le karma depuis le début. Ce que le bouddhisme signifie pour les asiatiques, et tout ce qu'il signifie dans l'histoire du Cambodge ainsi que l'histoire de la diaspora cambodgienne aujourd'hui. Alors on va faire ça. On a le temps non? Et puis vu tout ce temps où je vous ai laissés seuls, je peux bien vous pondre un article de vingt pages, hein :).
Je tiens à préciser que je vais parler ici du bouddhisme du Grand Véhicule, celui que je connais le mieux, que j'ai le plus fréquenté en fait, aussi. Donc s'il y a des différences avec ce que l'on a pu vous dire du bouddhisme, c'est seulement parce qu'il existe plusieurs types de bouddhisme. Sans parler de l'hindouisme, et de plein d'autres trucs dont je ne vais pas parler aujourd'hui sinon on va tous mourir d'ennui et de désespoir, noyés sous notre propre bave après avoir fait une crise d'épilepsie de vingt minutes. Minimum.
Disons que si je devais commencer par quelque part, je dirais que l'on a tous entendu parler du karma. Plus ou moins. On sait tous que le karma, c'est une sorte de destin propre à chacun, d'avenir tout tracé. En fait, on explique l'histoire du karma à la création du monde: les Bouddhas étaient tous réunis au Nirvana et devaient prendre pour décision de descendre sur Terre ou pas. Et s'ils prenaient la décision de descendre sur Terre, ils devaient choisir une souffrance. La peur, la colère, l'humiliation, et ainsi de suite. Donc, en simple et clair, chaque humain est un bouddha qui trimballe une souffrance avec lui. Et c'est elle que l'humain doit accepter, puis changer, pour devenir un être bouddha, un être éveillé (vous l'aurez compris, bouddha veut dire « éveillé »).
Si on va plus loin, il existe des karmas individuels et collectifs. Et c'est là que je veux en venir. Pour les bouddhistes, ce que les juifs appellent la Shoah est leur karma collectif, le karma de persécution. Et si je parle de la Shoah, que je prends cet exemple précis, ce n'est pas par hasard. C'est surtout parce que la plupart des cambodgiens qui ont fui la guerre et sont aujourd'hui à l'étranger sont très admiratifs de cette tradition de devoir de mémoire. En effet, comme je l'ai dit dans un article précédent sur ma visite de Tuol Sleng, les cambodgiens sont très réticents dans le fait de retourner sur les lieux d'un drame, ils ne parlent jamais des défunts de leurs famille qui sont morts tués et torturés par les Khmers Rouges, et la plupart des jeunes cambodgiens ne savent absolument pas ce qu'est le communisme et ce qu'il s'est passé en 1978.
C'est ce qu'on appellerait le karma collectif des cambodgiens. Le karma de la fuite face à l'autorité. Et ce qui est le plus drôle, c'est qu'on aura beau être les plus cartésiens possible, absolument tous les cambodgiens ont un problème face à l'autorité. Tous. Des parents aux patrons, nous avons tous cette chance, parce que oui, c'est une chance, d'avoir une figure très autoritaire, voire trop autoritaire, voire dictatoriale, dans notre entourage. C'est une chance parce que cela nous donne la possibilité de changer les choses, nous, en tant qu'êtres humains qui sommes sortis de l'horreur, et de prendre en main nos vies pour enfin faire la différence et changer, changer notre karma. Ou notre destinée. Ou notre vie. M'enfin appelez ça comme vous le voudrez, de toute façon, ça revient au même: ce qui fait la force du peuple cambodgien aujourd'hui, c'est d'avoir la chance de pouvoir faire face à nos difficultés, pour pouvoir les vaincre, et nous encourager les uns les autres avec nos victoires propres.
Et donc, depuis le début, le but de ce blog, c'est ça: c'est de prendre cette philosophie, et de la tourner à ma sauce métisse. Je ne veux plus que l'on parle du peuple khmer comme d'un peuple persécuté pendant des années, qui a vécu un génocide, et qui peine à s'en sortir. Non. Je veux qu'on parle enfin de la culture khmère comme de quelque chose de joyeux, de femmes qui disent que les meilleurs souvenirs qu'elles aient eus étaient ceux qu'elles se sont faits dans les camps de réfugiés thaïlandais, de jeunes filles qui vont pour la première fois sur leur terre natale et qui comprennent enfin ce qu'était ce bâtiment bizarre sur tous les tableaux de leur maison, de roulages de nems collectif (je vous vois sourire, je parle d'un vrai nem, pas d'autre chose bande de pervers), d'apprentissage d'utilisation de baguettes, etc, etc.
Je veux qu'enfin, les cambodgiens n'aient plus honte de leur karma collectif. Je veux qu'ils soient fiers d'avoir vécu ce qu'ils ont vécu, parce que c'est ce qui fait d'eux ce qu'ils sont aujourd'hui. Je veux que les enfants métisses arrêtent d'avoir honte d'être des petits jaunes et brandissent leurs baguettes en criant qu'ils aiment le prahok. Parce que le prahok, c'est le bien. Et que même si ça pue, bah c'est vachement bon quand même.
Et surtout, je veux qu'ils soient enfin heureux. Alors, soyez heureux, les gens! Et portez vous bien !
Cette petite intro touchante en gnangnan passée, je reviens ici pour vous parler d'un sujet qui m'a particulièrement touchée ces derniers temps. Le sujet du bouddhisme, enfin plus précisément du karma. Pour ça, il faut que je vous explique ce qu'est le karma depuis le début. Ce que le bouddhisme signifie pour les asiatiques, et tout ce qu'il signifie dans l'histoire du Cambodge ainsi que l'histoire de la diaspora cambodgienne aujourd'hui. Alors on va faire ça. On a le temps non? Et puis vu tout ce temps où je vous ai laissés seuls, je peux bien vous pondre un article de vingt pages, hein :).
Je tiens à préciser que je vais parler ici du bouddhisme du Grand Véhicule, celui que je connais le mieux, que j'ai le plus fréquenté en fait, aussi. Donc s'il y a des différences avec ce que l'on a pu vous dire du bouddhisme, c'est seulement parce qu'il existe plusieurs types de bouddhisme. Sans parler de l'hindouisme, et de plein d'autres trucs dont je ne vais pas parler aujourd'hui sinon on va tous mourir d'ennui et de désespoir, noyés sous notre propre bave après avoir fait une crise d'épilepsie de vingt minutes. Minimum.
Disons que si je devais commencer par quelque part, je dirais que l'on a tous entendu parler du karma. Plus ou moins. On sait tous que le karma, c'est une sorte de destin propre à chacun, d'avenir tout tracé. En fait, on explique l'histoire du karma à la création du monde: les Bouddhas étaient tous réunis au Nirvana et devaient prendre pour décision de descendre sur Terre ou pas. Et s'ils prenaient la décision de descendre sur Terre, ils devaient choisir une souffrance. La peur, la colère, l'humiliation, et ainsi de suite. Donc, en simple et clair, chaque humain est un bouddha qui trimballe une souffrance avec lui. Et c'est elle que l'humain doit accepter, puis changer, pour devenir un être bouddha, un être éveillé (vous l'aurez compris, bouddha veut dire « éveillé »).
Si on va plus loin, il existe des karmas individuels et collectifs. Et c'est là que je veux en venir. Pour les bouddhistes, ce que les juifs appellent la Shoah est leur karma collectif, le karma de persécution. Et si je parle de la Shoah, que je prends cet exemple précis, ce n'est pas par hasard. C'est surtout parce que la plupart des cambodgiens qui ont fui la guerre et sont aujourd'hui à l'étranger sont très admiratifs de cette tradition de devoir de mémoire. En effet, comme je l'ai dit dans un article précédent sur ma visite de Tuol Sleng, les cambodgiens sont très réticents dans le fait de retourner sur les lieux d'un drame, ils ne parlent jamais des défunts de leurs famille qui sont morts tués et torturés par les Khmers Rouges, et la plupart des jeunes cambodgiens ne savent absolument pas ce qu'est le communisme et ce qu'il s'est passé en 1978.
C'est ce qu'on appellerait le karma collectif des cambodgiens. Le karma de la fuite face à l'autorité. Et ce qui est le plus drôle, c'est qu'on aura beau être les plus cartésiens possible, absolument tous les cambodgiens ont un problème face à l'autorité. Tous. Des parents aux patrons, nous avons tous cette chance, parce que oui, c'est une chance, d'avoir une figure très autoritaire, voire trop autoritaire, voire dictatoriale, dans notre entourage. C'est une chance parce que cela nous donne la possibilité de changer les choses, nous, en tant qu'êtres humains qui sommes sortis de l'horreur, et de prendre en main nos vies pour enfin faire la différence et changer, changer notre karma. Ou notre destinée. Ou notre vie. M'enfin appelez ça comme vous le voudrez, de toute façon, ça revient au même: ce qui fait la force du peuple cambodgien aujourd'hui, c'est d'avoir la chance de pouvoir faire face à nos difficultés, pour pouvoir les vaincre, et nous encourager les uns les autres avec nos victoires propres.
Et donc, depuis le début, le but de ce blog, c'est ça: c'est de prendre cette philosophie, et de la tourner à ma sauce métisse. Je ne veux plus que l'on parle du peuple khmer comme d'un peuple persécuté pendant des années, qui a vécu un génocide, et qui peine à s'en sortir. Non. Je veux qu'on parle enfin de la culture khmère comme de quelque chose de joyeux, de femmes qui disent que les meilleurs souvenirs qu'elles aient eus étaient ceux qu'elles se sont faits dans les camps de réfugiés thaïlandais, de jeunes filles qui vont pour la première fois sur leur terre natale et qui comprennent enfin ce qu'était ce bâtiment bizarre sur tous les tableaux de leur maison, de roulages de nems collectif (je vous vois sourire, je parle d'un vrai nem, pas d'autre chose bande de pervers), d'apprentissage d'utilisation de baguettes, etc, etc.
Je veux qu'enfin, les cambodgiens n'aient plus honte de leur karma collectif. Je veux qu'ils soient fiers d'avoir vécu ce qu'ils ont vécu, parce que c'est ce qui fait d'eux ce qu'ils sont aujourd'hui. Je veux que les enfants métisses arrêtent d'avoir honte d'être des petits jaunes et brandissent leurs baguettes en criant qu'ils aiment le prahok. Parce que le prahok, c'est le bien. Et que même si ça pue, bah c'est vachement bon quand même.
Et surtout, je veux qu'ils soient enfin heureux. Alors, soyez heureux, les gens! Et portez vous bien !
dimanche 4 juillet 2010
Tévy et les cambodgiens, gaffe #3
Papa: Tévy, il est où le rouleau de papier?
Moi: Le PQ? Je l'ai mis dans les chiottes, je viens d'y passer.
Papa: T'as pas mis du papier dans les toilettes quand même?
Moi: Bah si, mais je vois pas où est le problème, le papier toilettes, c'est fait pour être mis dans les toilettes.
Papa: Bah pas ici. Ici, le PQ c'est pour se moucher, et quand tu veux t'essuyer, t'utilises le tuyau à côté des toilettes et tu le laves directement au dessus.
Moi: Ah. Bon bah, papa, bonne nouvelle, j'ai trouvé pourquoi les chiottes étaient bouchées.
Asiatiques de mes fesses.
Moi: Le PQ? Je l'ai mis dans les chiottes, je viens d'y passer.
Papa: T'as pas mis du papier dans les toilettes quand même?
Moi: Bah si, mais je vois pas où est le problème, le papier toilettes, c'est fait pour être mis dans les toilettes.
Papa: Bah pas ici. Ici, le PQ c'est pour se moucher, et quand tu veux t'essuyer, t'utilises le tuyau à côté des toilettes et tu le laves directement au dessus.
Moi: Ah. Bon bah, papa, bonne nouvelle, j'ai trouvé pourquoi les chiottes étaient bouchées.
Asiatiques de mes fesses.
samedi 26 juin 2010
Tévy et les cambodgiens, gaffe #2
J'ai 5 ans. Mon père regarde une vidéo dans le noir, c'est en cambodgien, je ne comprends pas. Une vieille cassette tourne dans le magnetoscope, avec des montages ignobles en couleurs fluos avec des gens que je suppose de ma famille habillés avec des chemises blanches et des jupes ou pantalons noirs. Papa est apathique. C'est la première fois que je le vois regarder la télé aussi attentivement.
« Demain, Tévy, on va chez tata Setha, pour la cérémonie d'enterrement de grand mère et grand père. N'oublie pas, blanc en haut et noir en bas ». En fait, moi, je ne suis pas triste. D'une part, je n'ai vu mes grands parents qu'une fois: ils sont venus en visite chez moi avec toute la famille, nous étions vingt cinq personnes en tout dans notre pavillon familial, et mes grands parents avaient vécu 16 heures d'avion sans boire ni manger parce qu'on leur avait dit qu'on tenterait surement de les empoisonner dans l'avion. Mon grand père avait 97 ans et ma grand mère 95. D'autre part, je ne parlais pas cambodgien, et eux pas français. C'est le seul souvenir que j'ai d'eux.
Le lendemain donc, nous nous sommes tous retrouvés chez ma tante habillés comme des pingouins, coincés dans le petit appartement avec pour seule et unique occupation le discours long, enfin interminable du bonze qui était spécialement venu pour la cérémonie et qui parlait en cambodgien et en français, mais dans un français tellement terrible que je ne comprenais rien à ce qu'il disait.
Je me souviens très bien de ce bonze. Un homme grand , grand oui, c'est assez rare pour un cambodgien, avec une toge orange, assez vieille d'ailleurs, et des lunettes rondes. Il a fait le tour de l'appartement et a serré la main à tout le monde: mon oncle Rhinn, mon cousin Kiri, mon papa, et quand je me suis avancée pour lui serrer la main, il m'a fait un sourire et ma tante m'a fait de gros yeux.
« Tévy, les bonzes ne peuvent pas toucher les femmes ». Bravo, bien joué.
« Demain, Tévy, on va chez tata Setha, pour la cérémonie d'enterrement de grand mère et grand père. N'oublie pas, blanc en haut et noir en bas ». En fait, moi, je ne suis pas triste. D'une part, je n'ai vu mes grands parents qu'une fois: ils sont venus en visite chez moi avec toute la famille, nous étions vingt cinq personnes en tout dans notre pavillon familial, et mes grands parents avaient vécu 16 heures d'avion sans boire ni manger parce qu'on leur avait dit qu'on tenterait surement de les empoisonner dans l'avion. Mon grand père avait 97 ans et ma grand mère 95. D'autre part, je ne parlais pas cambodgien, et eux pas français. C'est le seul souvenir que j'ai d'eux.
Le lendemain donc, nous nous sommes tous retrouvés chez ma tante habillés comme des pingouins, coincés dans le petit appartement avec pour seule et unique occupation le discours long, enfin interminable du bonze qui était spécialement venu pour la cérémonie et qui parlait en cambodgien et en français, mais dans un français tellement terrible que je ne comprenais rien à ce qu'il disait.
Je me souviens très bien de ce bonze. Un homme grand , grand oui, c'est assez rare pour un cambodgien, avec une toge orange, assez vieille d'ailleurs, et des lunettes rondes. Il a fait le tour de l'appartement et a serré la main à tout le monde: mon oncle Rhinn, mon cousin Kiri, mon papa, et quand je me suis avancée pour lui serrer la main, il m'a fait un sourire et ma tante m'a fait de gros yeux.
« Tévy, les bonzes ne peuvent pas toucher les femmes ». Bravo, bien joué.
samedi 19 juin 2010
Oh!
C'est marrant, hein? Deux semaines après que j'aie écrit cet article sur la condition féminine au Cambodge et la prostitution, France 24 fait la une des vidéos stars sur dailymotion avec un sujet sur le tourisme sexuel en Thaïlande et au Cambodge. J'suis grave a la pointe de l'actu, les gens.
mercredi 16 juin 2010
Tévy et les cambodgiens, gaffe #1
Papa: Donc tu vois, c'est bien, maintenant tu as rencontré une tante de plus que tu n'avais jamais vue.
Moi: Comment ça une tante? Ming Sarina c'est la maman de Daravi, non?
Papa: Oui, et Sarina c'est ma petite soeur.
Moi: Mais Daravi c'est la femme avec mon cousin Phumin, non?
Papa: Oui.
Moi: Mais tu veux dire qu'ils se sont mariés entre cousins?
Papa: Oui.
Ma tante Sarina me dévisage, ainsi que mon cousin Phumin, et Daravi et Papa se marrent devant ma gueule déconfite qui vient de se rendre compte que c'est la deuxième fois que je suis témoin d'un mariage consanguin dans ma famille.
Mais je suis pas choquée.
Hein, je suis pas choquée, hein?
...
Bon, ok. Je récupèrerai ma crédibilité plus tard.
Moi: Comment ça une tante? Ming Sarina c'est la maman de Daravi, non?
Papa: Oui, et Sarina c'est ma petite soeur.
Moi: Mais Daravi c'est la femme avec mon cousin Phumin, non?
Papa: Oui.
Moi: Mais tu veux dire qu'ils se sont mariés entre cousins?
Papa: Oui.
Ma tante Sarina me dévisage, ainsi que mon cousin Phumin, et Daravi et Papa se marrent devant ma gueule déconfite qui vient de se rendre compte que c'est la deuxième fois que je suis témoin d'un mariage consanguin dans ma famille.
Mais je suis pas choquée.
Hein, je suis pas choquée, hein?
...
Bon, ok. Je récupèrerai ma crédibilité plus tard.
lundi 14 juin 2010
Niam baï.
Ce qui est marrant quand on est enfant d'émigré cambodgien, c'est que la première chose qu'on vous apprend à dire en khmer est « niam baï », ce qui veut dire « manger ». Et la première chose que vous apprenez à dire quand vous allez au Cambodge plus tard, c'est « ot kliene té », ce qui veut dire « je n'ai pas faim », parce qu'on vous donne tellement de bouffe que vous n'en pouvez plus. Pour les khmers, la nourriture c'est aussi important que de respirer. Même plus important, on peut retenir sa respiration quand on mange, et c'est peut être pas super pratique mais au moins ça prouve une chose: la bouffe, pour les cambodgiens, c'est la vie. Les khmers mangent tout le temps, le matin au petit dej', entre les repas, le midi, au goûter, le soir, tout le temps.
Mais il y a une distinction entre la manière de manger à la cambodgienne et celle à la française. Déjà, contre toute attente, les khmers ne mangent pas avec des baguettes en général. Ils mangent avec une fourchette et une cuillère. Pourquoi? Parce que les khmers n'ont pas été sinisés. Ensuite, quand un cambodgien apprécie le repas qu'il est en train de manger, il le mange lentement, pour mieux l'apprécier, c'est un signe de politesse envers son hôte. Si il mange un repas rapidement, ça veut dire que c'est très mauvais et qu'il veut en finir au plus vite. Chez les français, c'est exactement le contraire.
Je me souviens donc d'un jour où nous étions chez de la famille en Bretagne, enfin de la famille, un très bon ami à mon père quoi, et nous sommes restés quelques jours chez eux. M'enfin pas longtemps. Ceci pour deux choses: premièrement, mon père déteste profiter de l'hospitalité des gens, et deuxièmement, autant lui que mon frère détestent dormir à l'extérieur puisqu'ils sont insomniaques et qu'au bout de trois heures alors que personne n'est réveillé, eux se retournent déjà dans leurs lits respectifs se demandant quand le soleil va se lever et s'ils peuvent se permettre d'aller dans le salon pour regarder la télé. En plus mes parents sont des maniaques de la propreté, et en Bretagne ils sont plutôt bordéliques. Mais passons.
Ce jour là, nous avons eu droit à un bon repas breton dans les règles de l'art avec un agneau des prés salés, c'tait trop bon sa race d'ailleurs, et puis en dessert, du riz au lait. Moi et mon frère, on a été pendant très longtemps intolérants au lactose ce qui fait que nous étions très peu habitués aux desserts qui n'étaient pas préparés à base de lait de soja ou de coco, mais ça passait assez bien, surtout pour une première fois.
Par contre, papa...
Alors attention. Si je dois admettre une chose, c'est que papa sait tout manger. Tout. Il peut tout avaler sans broncher une seule seconde et sans que rien n'y paraisse un seul instant. C'est son air stoïque qui fait tout le travail, il est super doué pour ça. Il sait tout manger, mais ça ne veut pas dire qu'il apprécie tout. Et il y a deux choses qu'il déteste particulièrement: la frangipane, il dit que ça sent la pâte de scarabée (?), et... Le riz au lait. Me demandez pas pourquoi, (mode préjugé /on) c'est du riz, donc comme tous les asiatiques il devrait aimer ça (mode préjugé /off), oui, mais du riz cuit dans du lait de vache. Et déjà que papa n'est pas très « dessert », si en plus il y a du lait de vache, lui qui n'y est plus du tout habitué, vous pouvez être sûr qu'il va détester ça.
Alors avance triomphante ma tante (qui est française et très bonne cuisinière), avec sa casserole de riz au lait fait maison et qui en sert à tout le monde même à mon papa qui regarde longuement son bol avant de prendre sa cuillère. Il ne laisse rien transparaître. C'est un maître dans l'art du déguisement. C'est le master super over giga méga prophète du « ne rien laisser paraître ».
Il regarde encore le bol.
Il prend sa cuillère.
Et là, ni une ni deux, il engouffre son bol en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il a séché le riz au lait comme je ne l'ai jamais vu finir un dessert. Mon père, qui a l'habitude de prendre son temps pour manger parce que « tu sais a l'hôpital on doit toujours langer vite alors à la maison je mange très lentement » a fini son bol de riz au lait en trente secondes top chrono.
Bien évidemment, il avait fini avant tout le monde. Bien évidemment, ma tante l'a remarqué. Bien évidemment, comme elle est française elle s'est dit que c'était tellement bon qu'il a fini son bol super rapidement. Et bien évidemment, elle l'a resservi. Deux fois.
Voilà pourquoi mon père est un héros. Parce qu'il a réussi à manger trois bols d'un truc qu'il déteste sans broncher une seule seconde. Et ça, c'est vraiment trop fort.
Mais plus sérieusement, ce que je voulais dire ici c'est qu'encore une fois, les incompréhensions inter culturelles ont triomphé. Mais un jour, mes frères, la culture métisse triomphera, et l'obscurantisme sera anéanti sous une tonne de riz au lait et de durion
...
Si vous avez compris quelque chose à cet article, laissez un commentaire, je vous en prie.
Mais il y a une distinction entre la manière de manger à la cambodgienne et celle à la française. Déjà, contre toute attente, les khmers ne mangent pas avec des baguettes en général. Ils mangent avec une fourchette et une cuillère. Pourquoi? Parce que les khmers n'ont pas été sinisés. Ensuite, quand un cambodgien apprécie le repas qu'il est en train de manger, il le mange lentement, pour mieux l'apprécier, c'est un signe de politesse envers son hôte. Si il mange un repas rapidement, ça veut dire que c'est très mauvais et qu'il veut en finir au plus vite. Chez les français, c'est exactement le contraire.
Je me souviens donc d'un jour où nous étions chez de la famille en Bretagne, enfin de la famille, un très bon ami à mon père quoi, et nous sommes restés quelques jours chez eux. M'enfin pas longtemps. Ceci pour deux choses: premièrement, mon père déteste profiter de l'hospitalité des gens, et deuxièmement, autant lui que mon frère détestent dormir à l'extérieur puisqu'ils sont insomniaques et qu'au bout de trois heures alors que personne n'est réveillé, eux se retournent déjà dans leurs lits respectifs se demandant quand le soleil va se lever et s'ils peuvent se permettre d'aller dans le salon pour regarder la télé. En plus mes parents sont des maniaques de la propreté, et en Bretagne ils sont plutôt bordéliques. Mais passons.
Ce jour là, nous avons eu droit à un bon repas breton dans les règles de l'art avec un agneau des prés salés, c'tait trop bon sa race d'ailleurs, et puis en dessert, du riz au lait. Moi et mon frère, on a été pendant très longtemps intolérants au lactose ce qui fait que nous étions très peu habitués aux desserts qui n'étaient pas préparés à base de lait de soja ou de coco, mais ça passait assez bien, surtout pour une première fois.
Par contre, papa...
Alors attention. Si je dois admettre une chose, c'est que papa sait tout manger. Tout. Il peut tout avaler sans broncher une seule seconde et sans que rien n'y paraisse un seul instant. C'est son air stoïque qui fait tout le travail, il est super doué pour ça. Il sait tout manger, mais ça ne veut pas dire qu'il apprécie tout. Et il y a deux choses qu'il déteste particulièrement: la frangipane, il dit que ça sent la pâte de scarabée (?), et... Le riz au lait. Me demandez pas pourquoi, (mode préjugé /on) c'est du riz, donc comme tous les asiatiques il devrait aimer ça (mode préjugé /off), oui, mais du riz cuit dans du lait de vache. Et déjà que papa n'est pas très « dessert », si en plus il y a du lait de vache, lui qui n'y est plus du tout habitué, vous pouvez être sûr qu'il va détester ça.
Alors avance triomphante ma tante (qui est française et très bonne cuisinière), avec sa casserole de riz au lait fait maison et qui en sert à tout le monde même à mon papa qui regarde longuement son bol avant de prendre sa cuillère. Il ne laisse rien transparaître. C'est un maître dans l'art du déguisement. C'est le master super over giga méga prophète du « ne rien laisser paraître ».
Il regarde encore le bol.
Il prend sa cuillère.
Et là, ni une ni deux, il engouffre son bol en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il a séché le riz au lait comme je ne l'ai jamais vu finir un dessert. Mon père, qui a l'habitude de prendre son temps pour manger parce que « tu sais a l'hôpital on doit toujours langer vite alors à la maison je mange très lentement » a fini son bol de riz au lait en trente secondes top chrono.
Bien évidemment, il avait fini avant tout le monde. Bien évidemment, ma tante l'a remarqué. Bien évidemment, comme elle est française elle s'est dit que c'était tellement bon qu'il a fini son bol super rapidement. Et bien évidemment, elle l'a resservi. Deux fois.
Voilà pourquoi mon père est un héros. Parce qu'il a réussi à manger trois bols d'un truc qu'il déteste sans broncher une seule seconde. Et ça, c'est vraiment trop fort.
Mais plus sérieusement, ce que je voulais dire ici c'est qu'encore une fois, les incompréhensions inter culturelles ont triomphé. Mais un jour, mes frères, la culture métisse triomphera, et l'obscurantisme sera anéanti sous une tonne de riz au lait et de durion
...
Si vous avez compris quelque chose à cet article, laissez un commentaire, je vous en prie.
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