samedi 3 mars 2012

Devoir de mémoire.


Avec mon papa, on a pas souvent de longues discussions sérieuses au coin du feu, voyez vous. Déjà, parce que mon papa, il parle PAS, et puis aussi, parce que cette pudeur entre parents et enfants cambodgiens a toujours été très présente dans ma famille. Ca, on en reparlera plus tard. Ce dont je veux vous parler aujourd’hui, c’est d’une discussion qu’on a eue papa et moi. Genre il a parlé et tout. Le sujet qui tient à cœur mon papa, c’est le devoir de mémoire.

Papa trouve que la force de notre histoire, en France, c’est qu’on s’en souvient, et qu’on la transmet. Aujourd’hui, personne ne passe à côté des deux guerres mondiales, tout le monde en connaît les dates, les principaux acteurs, et tout le monde sait plus ou moins ce qu’il s’est passé. Enfin en France. Et puis les juifs ont la Shoah par exemple. Papa admire beaucoup ça, cette transmission, le fait que dans une culture on se souvienne de toutes les erreurs qu’on ait commises dans le passé et qu’on n’essaie pas à tout pris d’oublier. Et même si on en a marre, d’entendre les vieux cacher quelque chose en disant que c’est au moins quelque chose que les boches n’auront pas (true story), on n’a pas essayé de cacher à tout prix notre souffrance et surtout à l’oublier.

Et puis, papa m’a raconté l’histoire de mon cousin. Aujourd’hui, mon cousin a un travail très haut placé dans l’administration francophone, il a une femme et une adorable petite fille. Mon cousin est né au Cambodge, parle cambodgien, français et anglais couramment. Avec un accent impeccable. Mon cousin est l’un des survivants de la politique génocidaire des khmers rouges. Il porte des lunettes, il est intellectuel et il a survécu alors que Pol Pot, dans sa folie meurtrière ordonnait de tuer toute forme de savoir intellectuel. Quand il était au Cambodge, il a donné un cours d’histoire sur la période des khmers rouges a des enfants du pays. Et, fait impensable en France, dans le pays du savoir et du devoir de mémoire, les enfants ne l’ont pas cru. Ils l’ont traité de menteur, ce qui l’a forcé à quitter la classe en trombe, de tristesse et de rage.

Au Cambodge, quand je suis moi-même allé visiter le camp de la mort S-21, mon oncle, la veille, m’a dit de ne pas y aller, qu’il fallait oublier, que j’étais folle de vouloir remuer tout ça. Mais moi, avec cette culture française qui me caractérisait a moitié, je pensais qu’il était temps de me confronter a ces souvenirs, tellement horribles, mais aussi tellement nécessaires. Parce qu’il fallait que je sache. Et ces enfants, qui se sont moqué de mon cousin, sont revenus le lendemain le voir, parce qu’ils avaient envie de s’excuser. Ils avaient demandé à leurs parents si cette histoire était vraie, et ils avaient appris la vérité.

En sachant ça, je me demande souvent où se situe le devoir de mémoire. Ne nous voilons pas la face : on en a marre de voir des génocides, qu’on nous rappelle que les régimes communistes et totalitaires sont dangereux et ont fait des ravages partout dans le monde. On en a assez qu’on nous rappelle que les nazis, ils étaient pas gentils, et qu’ils ont tué plein de gens. Mais je me demande ce qui est le plus mauvais : de répéter encore et encore que l’histoire a été douloureuse jusqu’à ce qu’on en ait la nausée, ou de vouloir l’oublier, et ce tellement fort qu’elle en perd toute crédibilité ?

A votre avis, où se trouve le juste milieu entre un devoir de mémoire tellement fort qu’on en ait plus du tout envie de s’intéresser à l’histoire, ou un devoir d’oubli ? D’un côté, on a un tel devoir de mémoire qu’il en devient oppressant et que l’on en arrive a en ne plus s’intéresser à l’actualité, et de l’autre on en arrive presque à une totale désinformation. A votre avis, le juste milieu, il est où ?

jeudi 1 mars 2012

Quand on a des cheveux comme des baguettes, comment on fait des bouclettes ?



Mais très bonne question que je pose là ! Ma mère ayant toujours été fan de permanentes ou de cheveux courts, et étant française aussi, elle n’a pas vraiment eu l’occasion de m’apprendre les rudiments de la coiffure des cheveux asiatiques, raides comme des baguettes. Mon père, oubliez, il n’a pas de cheveux. Donc, comme une grande fille, j’ai dû me débrouiller pour trouver comment se boucler les cheveux quand on est asiatique, même si toutes mes copines à cheveux bouclés fantasmaient sur mes cheveux noirs et raides, alors que j’enviais leurs boucles naturelles (que voulez vous, on veut toujours ce qu’on n’a pas, hein). Alors il me semblait de mon devoir (sisi) de vous expliquer toutes les techniques que j’ai trouvées pour avoir les cheveux longs et bouclés de Julia, Angelina ou Eva.

1.      1.  Le fer à friser
Oui, il fallait y penser. Le fer à friser, c’est pratique, ça se branche, on enroule ses cheveux autour et ça fait des boucles. Mais, parce que bien sûr il y a un mais, ça abîme mes pointes des cheveux, donc il y a une technique à bien respecter comme expliqué là . Et aussi, avant d’utiliser tout appareil à chaleur sur vos cheveux, utilisez toujours un produit protecteur de chaleur.

Mais quand on a pas de fer a friser, on fait comment ? Et ben on utilise :

2.     2.   Le fer à lisser
Evidemment, là aussi il y a une technique (même si objectivement c’est juste on prend une mèche dans on fer à liser et on tourne, m’enfinje vous donne quand même le lien, là ), mais le problème c’est qu’on utilise encore et toujours de la chaleur, qui abîme les cheveux et les rend cassants. 

Donc quand on ne veut pas utiliser des bigoudis chauffants non plus, on prend de vieilles recettes de grand-mère pour se boucler les cheveux soi même et sans acheter des milliers de trucs super chers et qui te pourrissent les cheveux, donc dans la catégorie je veux des cheveux ondulés, je vous présente :

3.      3.  La tresse sur cheveux humides
Une fois sortie de la douche, il suffit de laisser ses cheveux secher jusqu’à ce qu’ils soient à 95% humides et ensuite de faire une tresse. Laissez secher pendant la nuit (ou la journée, si vous avez le temps) et quand la tresse est sèche, défaites là et profitez de vos ondulations ! C’est pas merveilleux ça ?

4.      4. Les boucles avec des morceaux de papier
Vidéo star de Michelle Phan (la vidéo là ), cette technique a séduit beaucoup d’internautes et d’autres moins. Ouais, je parle de moi. J’ai moyen apprécié ma tête de caniche le lendemain, surtout qu’il faut avoir une patience de moine bouddhiste pour réaliser cette technique, et je suppose qu’il faut avoir des cheveux très épais pour qu’elle marche. M’enfin pourquoi pas. 

5.   Les « faux bigoudis » 
J’ai trouvé plusieurs vidéos dans lesquelles les filles utilisaient des épingles à cheveux pour se faire des bouclettes sur cheveux humides. La technique consiste à enrouler une mèche sur elle-même pour faire une sorte de bigoudi et fixer ça sur leur tête avec des épingles à cheveux (la vidéo là ). La technique a l’air efficace, mais j’ai essayé ça la nuit, et dormir dessus, c’est carrément impossible et si vous bougez un peu trop, ça fout tout en l’air.

6.       6. Les chignons sur cheveux humides.
Bon. La technique consiste à sectionner ses cheveux en deux parties, une partie haute et une partie basse, et à ramener chacune en un chignon. Vous dormez avec deux chignons sur la tête, quoi (la technique là). Moi j’ai pas vu énormément de résultats, je ne trouve pas vraiment que ça te donne des boucles de folie quoi. M’enfin à vous de tester aussi.

7.       7. Les pin curls.
Je vous ai mis le meilleur pour la fin, parce que je pense vraiment que c’est la meilleure technique pour avoir des boucles durables sans gros effort. C’est un peu la même technique que les faux bigoudis sauf qu’on enroule les cheveux sur eux même et qu’on se les épingle directement sur le crâne, et non sur eux-mêmes. La technique est là  , elle demande un coup de main au début, mais on s’habitue vite, et les résultats sont canons.


Bon, un petit tuto épuisant, pour avoir une chevelure de lionne, même en étant asiatique. j’espère que ça vous aura plu, moi je vais m’appliquer un masque à l’huile d’argan et me faire masser les pieds par un petit chinois que je garde dans mon placard à balai.

lundi 27 février 2012

Do you suggest coconuts migrate?

On a tous plus ou moins une idée de ce qui est indispensable à savoir quand on fait partie d’une culture. Par exemple, pour moi un français qui ne sait pas apprécier une bonne baguette n’est pas français. Ou alors un chinois qui ne sait pas manger avec des baguettes n’est pas chinois . Un vrai anglais boit du thé earl grey, un sénégalais sait ce qu’est un mafé, un américain ne passe pas une année sans faire de barbecue, et caetera, et caetera. Je crois qu’il y a des choses, comme ça, qui font partie d’une culture, d’un pays, et qui, même si elles paraissent cliché, sont fondamentalement vraies. Elles engendrent parfois même des discriminations : si jamais vous êtes français et que vous n’aimez pas le fromage, vous avez sûrement été victime de réflexions désobligeantes sur le fait qu’un vrai français aime le fromage.

Et bien l’autre jour, je regardais « un dîner presque parfait » en famille (roh ça va hein, moi aussi des fois je regarde des trucs bêtes à la télé), et c’était un cambodgien qui devait faire le dîner. Bon, d’une part, la moitié des trucs qu’il a fait au dîner n’étaient pas khmers, hein, ce qui a beaucoup déçu ma famille, mais il y a eu aussi un truc marquant dans cette émission qui m’a appris quelque chose sur ce qu’on doit savoir en tant que cambodgien.

Le mec ne savait pas ouvrir une noix de coco. 

Ca fait un peu sauvage qui sort de sa cambrousse de se moquer quelqu’un qui ne sait pas ouvrir une noix de coco hein ? Bah là, pour les gens de ma famille, c’était juste impensable. Je me souviendrai toute ma vie de la fois où un voisin à nous avait frappé à notre porte avec une noix de coco, pour demander à mon père s’il n’avait pas de quoi l’ouvrir. Si vous aviez vu la tête de mon papa quand mon voisin a dit « sinon, je vais chercher la perceuse, hein c’est pas grave ! », vous aussi, vous auriez ri. En fait, il y a une technique très simple pour ouvrir une noix de coco, sans en fouttre partout ni vous couper un bras dans la manœuvre (sisi, j’vous jure). Pour cela vous aurez besoin :

- D’une noix de coco (ouais, sans blague)
- D’un grand couteau (on n’utilisera que la partie non tranchante du couteau).
- D’un saladier.

 Oui, c’est tout. La manœuvre à suivre, c’est de prendre la noix de coco dans une main au dessus du saladier et le couteau dans l’autre. Avec la partie non tranchante du couteau, tapez au centre de la noix, perpendiculairement aux rainures, comme si vous vouliez décrire un cercle sur le diamètre de la noix de coco. En gros, il faut taper avec le dos du couteau au milieu de la noix de coco en la faisant tourner. Une fois le cercle fini, la noix de coco devrait s’ouvrir toute seule.

Vous avez un tuto en vidéo là

Et pour ouvrir une noix de coco fraîche et avec son écorce, la vidéo, c’est là

Voilà. Donc si jamais vous voulez vous la jouer Robinson Crusoë, ou Chevalier du sacré Graal ( comme ça ) ou juste prouver que vous aussi, vous auriez pu être cambodgien, dans une autre vie, aujourd’hui vous savez comment faire. 

De rien. Ca fait plaisir, t’as vu.

mardi 16 août 2011

J'ai faim.

Je crois que personne mieux qu’un cambodgien de pure souche peut savoir à quel point j’aime manger. Je suis dingue de bouffe. C’est pour cette raison que je cuisine bien, d’ailleurs, c’est parce que j’aime tellement manger, qu’à chaque fois que je cuisine j’ai envie que ce soit bon. Quand je suis chez mon père, je suis hypnotisée par la chaîne cuisine.tv. J’adore traîner sur des sites ou des blogs dédiés à la cuisine. Et puis j’ai cette tendance à apprécier toutes les spécialités du monde, que l’on passe du risotto à la tortilla, ou du bon saucisson avec du pain frais et du vin, j’dois dire que j’aime presque tout. Si j’en étais physiquement capable, je mangerais tout, tout le temps, avec un plaisir jamais tari.

Je n’ai, par conséquent, jamais pu comprendre les enfants d’émigrés cambodgiens qui ne savaient pas manger cambodgien. Je crois que rien ne peut surpasser un vrai repas cambodgien. Rien. Je n’ai jamais pris autant de plaisir à manger qu’en allant manger chez mes tantes. Il m’est même souvent arrivé de me dire, alors que l’on était au restaurant au Cambodge, que nous mangions moins bien que chez mes tantes. Je pourrais manger du bô bun matin, midi, et soir. Y’a rien de plus jouissif que de sentir la salade craquer avec un peu de nem qui sort de la friteuse sous la dent. J’adore le serpent frit, j’adore le amok, j’adoore le Katiev. C’est très certainement ce qui m’a le plus manqué quand je suis partie du Cambodge. Le Katiev du matin. Cette soupe de nouilles, avec de la viande et des herbes fraichement coupées, c’était juste un pur bonheur. Quand ma belle mère en prépare, j’en mange deux énormes bols.

Je ne pourrais jamais me passer de riz. Je crois que je ne pourrais pas vivre sans en manger une fois par semaine. Je n’ai pas été élevée a la cambodgienne, et je ne pourrais pas choisir entre un bol de riz et une baguette de pain, mais je trouve presque immoral d’avoir une maison sans riz. Le riz m’a souvent sauvée en période de disette, un peu de riz avec de la sauce soja, et hop, tout un après-midi calée, sans avoir faim. Du riz blanc. Accompagné de bœuf sauté aux oignons. Ou du riz sauté avec des œufs brouillés, des oignons, de l’ail et du gingembre de la sauce soja et des lamelles de porc.

Tout ça, c’est juste délicieux. Ca donne envie d’en manger des tonnes, et à la fin, quand on a bien mangé, qu’on s’assied dans le canapé avec les enfants à regarder du karaoké khmer, bah on est juste bien. N’importe quoi pourrait passer à la télé, on pourrait être n’importe où, du moment qu’on est assis, le premier bouton du pantalon ouvert, la tête posée sur sa main, en position du lotus, tout va bien. Nos yeux se ferment tous seuls. On n'apprécie l'instant présent qu'en experimentant le bonheur ephemere que nous procure un bon plat bien préparé.

Et puis tout est si sincerement parfait quand une table est bien mise, que son verre est rempli, que tout le monde est assis, le bruit des discussions autour ponctué de bruits de bouches mastiquant et de cuillères raclant les bols... C'est un moment magique que l'on retrouve dans tous les pays, avec la même convivialité, avec le même amour. J'adore manger. Mais j'aime surtout les gens avec qui je mange.

mercredi 3 août 2011

Merci.

Durant toute mon enfance, je n’ai vu mes grands parents qu’une seule fois. Ils avaient 95 et 97 ans, et étaient les parents d’une famille de 13 enfants. Moi, je devais avoir 6 ou 7 ans. Je n’avais pas encore conscience de l’importance de cet évènement dans ma vie. Dans la vie de ma famille aussi. C’était extrêmement important, parce que les aînés de la famille ont décidé de faire le chemin jusqu’en France malgré leurs âges avancés, et le coût des billets qui est excessivement cher pour des cambodgiens, et ce, pour voir mon père et mes deux tantes. C’est aussi important parce que cette visite fut ma seule occasion de voir mes grands parents avant qu’ils ne meurent, et qu’ils étaient dans un état catastrophique quand ils sont arrivés en France.

On leur avait dit qu’on tenterait de les empoisonner pendant leur trajet en avion. Alors pendant près de 24h, ils n’ont pas bu ni mangé. A 95 et 97 ans, mes grands parents ont décidé de jeûner. La bonne blague. Mon père à dû les transfuser quand ils sont arrivés chez nous, et toute la famille en a profité pour se faire ausculter par mon père. Oui, toute la famille a suivi mes grands parents pour le voyage. Nous étions 25 personnes à la maison. Et autant de personnes à se faire ausculter par mon père. C’était plutôt comique tous ces gens qui faisaient la queue pour que mon père vérifie si tout allait bien. J’avais l’impression que ma maison s’était transformée en dispensaire de pays du tiers monde. Tout ça m’était totalement étranger. Des hommes en jupe. Des femmes avec les dents jaunes. Et puis surtout, qu’est-ce que ça parle fort un cambodgien. Et ils étaient vingt cinq personnes. A six ans, c’était tout un monde totalement étranger qui s’ouvrait à moi. C’était fantastique, presque magique.

Et puis à ce moment là, mon père m’a demandé de mettre la table. Alors je me souviens que je me suis appliquée pour faire une belle table pour que tout le monde soit content de manger chez nous. J’ai d’abord posé les assiettes, et puis les couverts, la fourchette à gauche et les dents vers le bas, le couteau à droite et le tranchant vers l’assiette, la grande cuillère à gauche de la fourchette, la cuillère à dessert au dessus de l’assiette, le manche vers la droite, et puis j’ai disposé les verres. Comme une grande. J’ai tout fait avec le sourire en plus. Je me souviens des compliments faits par mes oncles et tantes à mon papa, ils parlaient tous khmer, et je ne connaissais pas un mot de cambodgien, mais j’ai tout compris. Parce qu’ils avaient vraiment dit ça avec leur cœur. Ils disaient tous que j’avais dressé une très belle table et que j’étais gentille de faire tout ça pour eux. Que j’étais une bonne fille. J’étais fière. J’étais pas seulement fière parce que j’avais 6 ans et que je recherchais l’approbation de mes aînés, mais aussi parce que les asiatiques ont cette pudeur de ne jamais dire quand un travail est bien fait, et que là, ils l’ont dit. Ils me l’ont dit à moi. Alors j’étais fière.

Ensuite, après avoir grignoté un apéritif, ils se sont tous mis à table. Et mes tantes ont sorti un menu de chez macdo. Alors je ne sais pas exactement pourquoi elles avaient acheté de la bouffe de fast food, si c’était dans la lignée de la peur d’un empoisonnement alimentaire ou si elles étaient gênées de venir manger chez mon père sans avoir aidé à la préparation du repas, mais en tout cas, je me souviens de la tête de ma mère qui avait passé deux heures à préparer un canard à l’orange parce que c’était le seul plat qui, selon mon père, était sûr d’être mangé par les palais cambodgiens sensibles (oui, sentez l’ironie, quand le khmer de base bouffe d’la tarentule par sachets de 500 grammes). Et ce n’était pas de la joie qu’on pouvait lire sur son visage.

Je n’ai pas compris la scène sur le coup. Déjà parce que j’avais 6 ans et que le seul souvenir de cet évènement relève d’un miracle, (franchement, qui a des souvenirs aussi précis d’évènements qui se sont produits quand il avait 6 ans ?), et puis aussi parce que tout le monde parlait cambodgien. Je me souviens que mon grand père a pris un hamburger d’un air interloqué et qu’il a regardé mon père. Et que d’un seul coup, toutes mes tantes ont remballé leurs menus et que ma mère a pu apporter son plat. Ce qui s’est passé, c’est que mon grand père a demandé à mon père pourquoi, alors qu’il était en France, il ne mangeait pas français. Mon père lui a alors répondu que ma mère avait préparé quelque chose, mais que mes tantes étaient trop préoccupées pour avoir ne serait-ce qu’envisagé le fait que ma mère puisse avoir cuisiné pour eux. Et ils ont tous pu manger du canard à l’orange dans la joie et la bonne humeur.
Et puis il y a eu cet instant. Cet instant magique où tout le monde a eu fini de manger, et où mon grand père s’est retourné vers ma mère pour lui dire quelque chose. Alors évidemment, ça, on me l’a raconté aussi. Je ne m’en souviens pas mais c’est un évènement qui est aussi très important. Pour comprendre à quel point c’est important, il faut savoir que mes tantes ont toujours considéré ma mère comme quelqu’un qui ne comprend pas et qui ne comprendra jamais la culture cambodgienne. Et il faut aussi savoir que, bien que mon grand père ait été avocat, et qu’il se devait de savoir parler français (le Cambodge a longtemps été sous protectorat français), il le parlait finalement très peu. Alors quand mon grand père s’est retourné vers ma mère pour lui dire en français « merci », toute la famille a pu comprendre a quel point ma mère a joué un rôle important ce jour là, avec son canard à l’orange providentiel mangé après des heures de jeûne et une perfusion.

Un simple « merci », c’est ce qui différencie un vieux cambodgien sur le point de mourir d’un homme respectable qui fait des efforts pour communiquer.
Cette reconnaissance, cette bonté, cette gentillesse, toutes ces qualités ont été réunies ce jour là en un seul mot. Ca faisait des semaines que mon père attendait que ses parents viennent en France. Ca faisait des semaines que ma mère entretenait cette anxiété latente, qu’elle s’attendait à se faire laminer et à passer un très mauvais moment. Mais c’est en percevant toute cette anxiété, tout ce stress, et toute cette inquiétude, du haut de ses 97 ans, que mon grand père a pu calmer ma mère et rassurer mon père. Et même avec la fatigue, la maladie, la vieillesse, et toutes les souffrances de la vie qui le torturaient à ce moment là, il a eu la clairvoyance de ne pas se comporter comme un vieillard pour qui tout est constamment acquis.

Cet évènement, bien sûr, je ne m’en souviens que par bribes. J’étais bien trop petite pour me souvenir de chaque détail. Mais je suis contente aujourd’hui de connaître l’histoire en entier, et de pouvoir la raconter. Parce que la seule et unique fois où j’ai vu mon grand père, il s’est comporté comme la personne la plus bienveillante que j’aie jamais vue. Et ma famille peut être fière d’avoir eu une personne aussi respectable en son sein.

Et même que ce jour là j’avais mis la table, d’abord.

mardi 19 avril 2011

Les cambodgiens aussi font des gaffes.

Papa : Tu sais, ma fille, je ne suis pas venu tout seul du Cambodge, il y avait des amis aussi avec moi. Et on vivait à trois dans une chambre de bonne à Paris, près de la fac.
Moi : Aaah.
Papa : Et comme mes amis ne savaient pas encore parler ni lire le français, parfois c’était dur de faire certaines choses simples comme les courses par exemple.
Moi : Les cambodgiens pensent vraiment à bouffer tout le temps.
Papa : C’est toi qui dis ça ? Quand t’es à la maison, la seule chaîne que tu regardes c’est cuisine tv !
Moi : Même pas vrai, je regarde Patitrenaud sur France 5.
Papa : Et donc, un jour mes amis sont allés faire les courses, et comme ils n’avaient pas beaucoup d’argent ils sont allé acheter des boîtes de conserve.
Moi : Jusque là tout va bien.
Papa : Ils ont pris une baguette en rentrant pour manger le pâté qu’ils avaient acheté et ne m’ont pas attendu pour l’apéro. Je les ai tous rejoint autour de la table du salon pour dîner. Et j’ai vérifié ce qu’ils avaient acheté. Ils m’ont dit qu’ils avaient trouvé du chien au supermarché.
Moi : Du chien ?
Papa : Du chien. Ca sentait fort, y’avait un chien sur la boîte. Ils ont acheté de la pâtée pour chien. Et non du pâté de chien.
Moi : C’est pas la même culture, hein.