lundi 19 janvier 2009

Pourquoi il ne faut pas confondre un cambodgien avec un vietnamien.


Mon père est au téléphone avec un entrepreneur pour la réparation du toit de la maison. Il demande a parler avec monsieur Un tel, donne son nom et pour toute réponse récolte un « ah oui, le docteur vietnamien! ». Grave erreur, mon père est cambodgien. Je pense que si cet entrepreneur avait confondu mon père avec un chinois, ça serait peut être mieux passé, mon père aurait dit qu'il avait un nom, comme tout le monde, et aurait sûrement ajouté que s'il ne l'appelait pas par son nom cet entrepreneur ne recevrait pas son chèque. Mais le fait d'avoir été pris pour un vietnamien a été un tel affront qu'il n'a pas pu s'empêcher de me raconter les faits en raccrochant.

Confondre un cambodgien avec un vietnamien, pour mon père, c'est oublier la guerre qui s'est déroulée il y a à peine trente ans auparavant, en décembre 1978, la guerre qui a fait suite au régime des khmers rouges, la guerre qui a mis les vietnamiens au pouvoir au Cambodge, fait près de 150 000 morts, créé 13 camps de réfugiés thaïlandais et fait émigrer une bonne partie de notre famille.

Restituons les faits: Un jour, un homme que les chinois appelèrent Pol Pot, ce qui signifie Politique Potentielle, prit le pouvoir au Cambodge pour instaurer un régime politique communiste, soutenu par une Chine gouvernée a l'époque par Mao Zedong. Pour faire simple, Pol Pot, c'est un peu le Hitler cambodgien, sauf que lui au lieu de vouloir exécuter les juifs, il a préféré exécuter les vietnamiens et tous ceux qui ne correspondaient pas a son idéologie.

Le rêve de Pol Pot, c'était de faire du Cambodge un pays agricole autonome, un pays dont le Vietnam n'aurait pas la mainmise et ne se servirait pas pour couper les vivres des chinois via le Mékong. Alors il instaura un régime communiste drastique, où les cambodgiens formaient tous un même peuple, où il ne reignait pas des intellectuels ou des capitalistes, mais des cambodgiens qui tous ensemble travaillaient pour faire avancer le pays.

Il fit fermer les écoles, les hôpitaux.


Il exécuta tous les opposants à son régime: ceux qui avaient fait des études, ceux qui en faisaient, ceux qui venaient des villes... Il poussa tellement loin la paranoïa a propos des intellectuels et des citadins a exterminer qu'il en finit par ordonner de tuer aussi les gens qui portaient des lunettes, des montres, ou même ceux qui avaient un frigo.

Il y eut près de deux millions de morts.


Et puis les cambodgiens crurent qu'ils seraient libérés par les vietnamiens
. En effet, ils les libérèrent du régime de génocide des khmers rouges... Mais comme le dit si bien ma tante « c'était changer de chauffeur sans changer de voiture »: même si les cambodgiens ont changé de dirigeant à ce moment là, l'idéologie communiste restait la même. Le peuple a cru entrevoir en 1975 une décollectivisation, on distribuait des casseroles et le premier arrivé devant une maison avait le droit de l'obtenir. Mais au fond, il y avait toujours du rationnement, la population n'avait pas le droit a du riz mais à du blé... Et le peuple s'enlisait jour après jour dans la famine.

La guerre se finit tout simplement
. Au moment où l' U.R.S.S redevint Russie, les vietnamiens n'eurent plus de fonds pour payer leur armée communiste. Alors ils retirèrent leurs troupes du Cambodge.

Alors, oui, j'entendrai toujours que un tel a eu son grand père en camp de réfugié pendant la seconde guerre mondiale, et que son grand père n'a pas la haine des allemands depuis pour autant
. Oui, j'entendrai qu'il ne faut pas garder rancune de ces choses là. Mais la différence entre les rescapés de la seconde guerre mondiale et ceux des khmers rouges, c'est quarante ans: quand ceux dont la grand mère a vécu la guerre ont déjà vu passer plusieurs générations pour pardonner, les cambodgiens sortent tout juste de l'horreur pour avoir eu le temps d'oublier. Dans cette histoire, on ne parle pas en terme de grand ou arrière grand parents, mais de parents, d'oncles et de tantes, et même de cousins. C'était il y a tout juste trente ans. C'était l'enfance de mes tantes en camps de réfugiés, c'était la jeunesse de mon père, le coeur serré, regardant par le hublot de l'avion son pays se déchirant sous les idéaux communistes, laissant sa famille derrière lui, aspirant a une vie meilleure en France.

Alors oui, il faudra du temps pour pardonner. Et en attendant il faudra éviter de confondre un cambodgien avec un vietnamien.

2 commentaires:

Céline a dit…

Coucou!

Il n'y a pas eu que les vietnamiens dans cette histoire mais aussi les américains, il faut remercier Nixon d'avoir bombarder le Cambodge en 1972 mais aussi Eisenhower, Kennedy et Johnson d'avoir fait des conneries au Vietnam, s'il n'y avait pas eu la guerre du Vietnam, ce genre de choses n'auraient jamais eu lieu au Cambodge... C'est beau d'être gendarme du monde...

Biz

tévouille a dit…

C'est clair que j'ai grave simplifié la situation pour que tout le monde comprenne les faits...

Après si on veut vraiment rentrer dans les détails, le Cambodge, c'est la victime parfaite: victime du régime communiste de l'U.R.S.S, du régime communiste de Mao Zedong (je ne l'ai dit que très brièvement mais le régime de Pol Pot est complètement calqué sur le régime agricole autonome de Mao), du régime communiste du Vietnam aussi, des conneries des américains pour libérer le pays, du roi Norodom Sihanouk, qui au lieu d'enrayer la crise a préféré s'enfuir a Pékin sous prétexte d'une fausse neutralité, du premier ministre Lon Nol, qui a laissé le pays aux mains des khmers rouges pour partir aux Etats Unis, et tous ces paramètres font partie de l'histoire...

Je parlerai de tout ça en détail dans mon bouquin ^^