vendredi 13 novembre 2009

En visite chez papy mamie


Comme je le disais, mes grands parents sont morts alors que j'étais assez jeune, et je ne les ai vus qu'une seule fois en fait. J'en garde des souvenirs lointains qui impressionnent mon père quand je les lui raconte, comme si il ne s'était pas rendu compte à quel point le fait de voir mes grands parents venir du Cambodge pour me voir, à l'âge de 5 ans, avait été important pour moi.

C'est à la mort de grand père, parti en premier, que ma mère s'est rendue compte qu'en fait nous avions du sang chinois.
Mon arrière grand père est chinois, et il y avait des caractères sur la tombe de mon grand père, qui a généré un flot de questions embarrassantes pour mon papa alors qu'il essayait de faire son deuil. Passons.

Arrivée au Cambodge, il était bon d'aller sur la tombe de mes grands parents pour nous recueillir, surtout que nous arrivions à l'anniversaire de leur mort, et que c'était malheur sur moi sur cinquante générations si je n'y allais pas, selon mes tantes. Comme d'habitude, papa a dit que c'était de la connerie, mais vu que je ne voyais pas le mal là dedans et que papa non plus, et puis que ça faisait plaisir a ma tata, ben on y est allés.

Déjà, dans la voiture, papa m'explique
: « Alors, bon. Avant de partir, ton oncle m'a dit que si sa femme l'avait trompé et que maintenant il se retrouvait tout seul a travailler comme ouvrier, c'était parce que tes grands parents ont d'abord été enterrés, puis un an plus tard incinérés. Il aurait fallu les laisser tranquille, tu comprends. Mais comme tes oncles et tantes avec leurs traditions voulaient suivre les rites sacrés, ils ont préféré les faire incinérer plutôt que de les laisser enterrés comme ils le voulaient. T'inquiètes pas, moi non plus j'ai pas compris. Donc voilà, maintenant, à chaque fois qu'il arrive un truc dans la famille, ben on met ça sur le dos de l'incinération des grands parents. ». Ah bah c'est simple tout ça.

On arrive, c'est super joli.
Une petite colline avec vue sur la mer, des enfants qui courent partout, et les bonzes qui vont arriver. Je donne des riels pour l'offrande. Parce que de une, on sait jamais, et puis de deux, chuis sure que papy et mamie ils seraient super contents d'avoir des sous de moi, même s'ils s'en servent pas là où ils sont. Et puis ça change du pauvre dessin pourrave que j'avais donné à grand mère pour la fête des grands mères.

Ma tante Lin balaie. Elle me dit « C'est la honte si c'est sale quand les bonzes vont arriver ». Je souris. Elle comprend.
Un cousin pleure en sortant de la voiture. Ma tante Lin dit quelque chose a papa, il rit, et me dit « Il pleure parce que ça lui rappelle la mort de son propre père. Mais t'inquiètes pas, tante Lin a dit que quand il chialait comme une fille comme ça, c'était quand il était bourré ». Je me retiens de rire, ma belle mère me fait les gros yeux. Roh ça va, il est quand même vachement ridicule avec ses sanglots sonores l'autre pochtron, et puis ça lui apprendra, hier il m'a demandé mon prénom et il l'a même pas compris tellement il était saoûl. Pourtant, c'est pas comme si j'avais un prénom français hein... Vieille vinasse bridée va.

Mon neveu Nak me prend la main. Il me dit quelque chose en khmer, je lui réponds que je suis désolée mais que je ne comprends pas. Il est dépité le pauvre. J'aimerais tellement lui parler...

« Papa, j'y connais rien moi à leurs rituels, je dois faire quoi? » « J'en sais rien j'y connais rien non plus ». Les bonzes arrivent. Ma tante a acheté des offrandes pour qu'ils poursuivent la cérémonie.

La vache

...

Merde

...

Il pleut.

Il faisait grand soleil y'a deux secondes, j'comprends pas... M'enfin, le karma. Ca a l'air de surprendre personne en plus. Nak me prend par la main, je dois tenir les offrandes pendant que les bonzes récitent des prières. Et là, chais pas. C'est bizarre, hein, ils étaient tous fiers que je fasse tout ce chemin pour aller déposer une pauvre offrande sur la tombe de mes grands parents.

La cérémonie finie, mon cousin arrête de pleurer, et moi je note qu'il s'arrête de pleuvoir.
'Sont blagueurs mes grands parents quand même hein. Ils trouvaient peut être que j'avais trop chaud tiens. J'évite les bonzes, je fais pas comme à la mort de papy et que j'ai voulu serrer la main a un bonze alors qu'ils ont pas le droit de toucher les femmes (roh ça va hein, j'avais 5 ans et on fait tous des gaffes dans la vie), et je rentre dans la voiture.

Ca fait bizarre quand même. M'enfin. Au moins je serai pas maudite sur cinquante generations.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Tevouille,
Et bien voila, Il ne nous reste plus qu'a attendre un mois la suite, ou d'autres petits commentaires un peu comme certain fruits cambodgiens mi douceatres, mi insipides, mi acides , mi sucré, en fin de compte délicieux !
-je sais cea fait quatre demi mais les cambodgiennes en vallent bien deux et donc vous en valez bien une -

Ma Douce moitié, cambodgienne "en entier" mais qui ne parle pas un mot de khmer (et pour cause elle est née en France et sa mère a décidé que ses enfants seraient FRANCAIS !) a vécu -a peu près - la même chose lorsque son père a fait une cérémonie au Stupa de la famille !

Et vous, comme dab, vous avez su le décrire avec justesse et humour !

Au mois prochain !

Tchaah Barang

tévouille a dit…

Toujours un petit mot doux, un commentaire sympa qui me rend le sourire malgré le manque cruel d'avis sur mes articles ^^. Je vous remercie, Tchaah Barang, le mois prochain sera peut être moins riche en articles mais je tâcherai au moins d'en écrire un :)

Anonyme a dit…

Bonjour Tévy,
Eh oui ! je trouve votre prénom plus joli et plus féminin - je sais - que votre surnom Tévouille ça fait patouille, patte mouille, ouille, nouille et j'en passe ...

Je ne passais pas par là pour ça !
Juste pour vous rappeler les échéances - comme pour un partiel -

Nous nous rapprochons dangereusement de la mi décembre, et vous vous êtes engagée à nous
écrire au moins une petite perle signé Tévouille... Je sais, je suis un peu exigeant mais que voulez vous c'est mon côté vieux pas marrant.

Et puis si un jour vous avez un éditeur, ce que je vous souhaite, puisque vous êtes en train d'écrire un bouquin - je ne sais plus ou j'ai lu ça - il vous mettra la pression ... Au fait, le sujet ? Et puis cela ne me (nous) regarde pas .

A+ Tchaah Barang